Séminaire doctoral du Sophiapol













Troubles dans la génération. Les morts, la vie, le cosmos
Si les morts sont partie prenante des protocoles par lesquels passe la perpétuation de la vie, le moins que l’on puisse dire, c’est que la prolifération contemporaine des fantômes, zombies et autres morts récalcitrants, témoigne d’un trouble profond de la (re)génération du monde. C’est à ce trouble de la génération, lié au capitalisme du désastre et à l’immense dérèglement climatique qui en est issu que nous nous intéresserons ; plus exactement, aux débordements des morts – et des vivants – qui l’accompagnent, aussi bien pour en témoigner que pour tenter de le résoudre.
Il s’agira de penser ce phénomène notamment à partir des morts qui refusent de contribuer aux ambitions humaines de régénération, et surtout à la reconduction des hiérarchies (humaines, notamment) que ces processus régénératifs impliquent – notamment dans les rites funéraires, mais aussi dans les sacrifices saisonniers. Comment les troubles dans la génération, lorsque les morts s’opposent à la succession, nous font penser les limites de la prise humaine sur le façonnement du cosmos ?
On s’intéressera par ailleurs aux dispositifs expérimentaux (narratifs, scéniques) figurant les morts et leur rôle dans l’équilibre cosmique. On se demandera comment ces dispositifs peuvent nous aider à vivre avec les troubles dans la génération.
Organisation : Déborah Bucchi, Gregory Delaplace, Emilie Hache
Intervenant.es : Déborah Bucchi, Frédérique Ildefonse, Grégory Delaplace, Heonik Kwon, Vinciane Despret, Emilie Hache, Sylvain Piron
Programme
9h Accueil des participant.es
9h15 Introduction
9h30 Grégory Delaplace, « Fantômes et régénération »
10h15 Émilie Hache, « Remettre le monde à l’endroit, démêler les générations »
11h Pause
11h15 Vinciane Despret, « Engendrer des récits de morts »
12h Sylvain Piron, « Transmissions adoptives des morts aux vivants »
12h45 Déjeuner
14h30 Déborah Bucchi, « Gaïa, la troublante »
15h15 Frédérique Ildefonse, « La part du cosmos »
16h Pause
16h15 Heonik Kwon, « Rereading Death and the Regeneration of Life (Bloch & Parry eds. 1982) »
17h – 18h Discussion générale
Lieu : Sorbonne, Salle Gaston Paris, Escalier E.


Les propositions de communications en français et/ou espagnol sont les bienvenues pour le 11ème congrès du CEISAL, Conseil européen pour la recherche en sciences sociales de l’Amérique latine
Celui-ci se tiendra à Paris du 2 au 4 juin 2025, dans les locaux de l’Université Sorbonne Nouvelle et il portera sur la justice sociale, environnementale et climatique en Amérique latine et dans les Caraïbes.
Notre symposium ( TOPIC 04: Derechos / Droits / rights Symposium référence: 04.06) est intitulé :
« Féminismes et justice sociale, équilibres et expériences d’Amérique latine et d’Europe face aux assauts d’une extrême droite mondiale. // Feminismos y justicia social, balance y experiencias situadas desde América Latina y Europa frente a la embestida de una ultraderecha global. »
Las violencias en América Latina generan memorias que se trabajan —en contraste con otras regiones del mundo— desde una simultaneidad temporal que no separa los crímenes del pasado de las violencias del presente. Esta observación fue el punto de partida de varias iniciativas transdisciplinares (historia, geografía cultural, arte, literatura, lingüística, estudios culturales, mediación social, psicología, derecho…) que procuran rescatar memorias invisibles de las violencias. Estas violencias fueron vividas en situaciones de conflictos internos, pero también en contextos intrafamiliares, en las tensiones vinculados al narcotráfico y la delincuencia que tienen continuidad en el presente.
Cuando se trata de investigar sobre crímenes, el investigador enfrenta la dificultad de restaurar, más allá de los hechos, a los actores en su entereza, con la profundidad de lo vivido. Tratándose de víctimas de violencias interseccionales en particular —por ejemplo, las mujeres racializadas con vulnerabilidades socioeconómicas—, los archivos son parciales y no permiten dar cuenta de las experiencias en su totalidad. ¿Cómo dar cuenta de quién fue la persona desaparecida y/o de lo singular de la experiencia de la víctima, cuando lo que queda –cuando algo queda– no son sino fragmentos, a veces meros recuerdos? Dicho de otro modo, ¿cómo contribuir a la “equidad de la memoria” en palabras de Paul Ricoeur? (“Histoire et mémoire: l’écriture de l’histoire et la réprésentation du passé”, Annales. Histoire, Sciences Sociales, n°4, 2000, p. 744). La idea misma de la incompletitud del archivo, hace necesario que los investigadores inviertan mucho más tiempo en develar y construir nuevas formas de construir las memorias para que estas no queden en el olvido.
Reflexionaremos sobre cómo podemos identificar, analizar, salvaguardar y visibilizar, en términos pedagógicos, memorias que subrayan retos éticos, permiten formas de resiliencia y reparación de sociedades en vía de pacificación o mediadas por un acuerdo de paz como el que implementó Colombia en 2016. Expondremos la importancia de promover los archivos privados (conservados por las asociaciones de víctimas, pero también por las familias y las mismas víctimas). Valoraremos los objetos como fuentes de información y estudiaremos los repertorios de acción producidos por las víctimas. Nos interesaremos también en proyectos curados que, a través de mediaciones artísticas y/o digitales, valoran archivos singulares, personales e íntimos. Demostraremos el interés de colaborar con las víctimas y sus familias para trascender memorias que no sólo dialogan entre presente y pasado, sino que resisten y sanan en el presente.
Mémoires invisibles : justice et équité de la mémoire en Amérique latine
Les violences en Amérique latine génèrent des mémoires qui sont travaillées – contrairement à d’autres régions du monde – depuis une simultanéité temporelle qui ne sépare pas les crimes du passé des violences du présent. Cette observation a été le point de départ de plusieurs initiatives transdisciplinaires (histoire, géographie culturelle, art, littérature, linguistique, études culturelles, médiation sociale, psychologie, droit…) qui cherchent à sauver les mémoires invisibles des violences. Ces violences ont été vécues dans des situations de conflits internes, mais aussi dans des contextes intrafamiliaux, dans les tensions liées au narcotrafic et à la délinquance, qui ont une continuité dans le présent.
Quand il s’agit de rechercher sur des crimes, le chercheur fait face à la difficulté de restaurer, au-delà des faits, les acteurs dans leur entièreté, avec la profondeur de ce qu’ils ont vécu. Concernant les victimes de violences intersectionnelles en particulier – par exemple, les femmes racialisées et vulnérables socioéconomiquement – les archives sont partielles et ne permettent pas de rendre compte des expériences dans leur totalité. Comment rendre compte de qui était la personne disparue et/ou de la singularité de l’expérience de la victime, lorsque ce qu’il en reste – quand il reste quelque chose – ne sont que des fragments, parfois de simples souvenirs ? Autrement dit, comment contribuer à “l’équité de la mémoire” selon les termes de Paul Ricoeur ? (“Histoire et mémoire : l’écriture de l’histoire et la représentation du passé”, Annales. Histoire, Sciences Sociales, n°4, 2000, p. 744).
Cette session reviendra sur les initiatives et recherches qui s’efforcent d’identifier, analyser, sauvegarder et rendre visibles, en termes pédagogiques également, des mémoires relevant des défis éthiques, qui permettent des formes de résilience et de réparation dans les sociétés de postconflit et sur la voie de la paix. Nous exposerons l’importance de promouvoir les archives privées, conservées par les associations de victimes, mais aussi par les familles et les victimes elles-mêmes. Nous réfléchirons aux objets comme sources d’information et nous étudierons les répertoires d’action produits par les victimes. Nous nous intéresserons également aux projets qui, à travers des médiations artistiques et/ou numériques, valorisent des archives singulières, personnelles et intimes. Nous démontrerons l’intérêt de travailler avec les victimes et leurs familles pour transcender des mémoires qui non seulement dialoguent entre présent et passé, mais qui résistent et pansent le présent.
Comment soumettre une proposition ?
· Beatriz Collantes Sánchez, Sophiapol. Université Paris Nanterre, Francia
· Celia Magana García, Departamento de Estudios Ibéricos y Latinoamericanos (DEILA) Universidad de Guadalajara. Guadalajara, México
· Belén Blázquez Vilaplana, Departamento de derecho publico y privado especial / Universidad de Jaén, Jaén, España
Dès 8h30 – Réception et café
9h à 9h15 – Introduction et mot de bienvenue
9h15 à 12h30 – Panel 1
Étudier les représentations sociales des stigmates corporels en régime numérique
Session animée par Yann Bruna
10h45 à 11h – Pause
12h30 à 13h30 – Pause déjeuner
13h30 à 15h30 – Panel 2
Affichage et réception de la grosseur et autres morphologies stigmatisantes
Session animée par Hélène Bourdeloie
15h30 à 15h45 – Pause
15h45 à 16h30 – Panel 3
Les stigmates du corps et au-delà : investiguer d’autres formes de stigmatisation
Session animée par Dimitra Laurence Larochelle
16h30 à 17h30 – Table ronde
Discuter les stigmates corporels en ligne avec des instagrameuses
Table ronde animée par Pietro Attadio
17h30 à 18h – Conclusion et ouverture
Si vous souhaitez y assister en ligne, pensez à vous inscrire pour valider votre participation et recevoir le lien pour la visio : https://evento.renater.fr/survey/participation-au-col…-ztfernp0
Argumentaire- Cette journée d’étude cherche à contribuer à la diffusion de la philosophie d’Iris Marion Young, figure centrale de la philosophie politique féministe états-unienne et des pensées contemporaines de la démocratie, dans le paysage philosophique français. Sa pensée, centrée autour des concepts de justice, de différence, d’oppression et de domination, d’inclusion, de solidarité, et de responsabilité, est d’une remarquable richesse. Difficilement classable, la philosophe emprunte ses références à la phénoménologie continentale, aux théories libérales de la justice et aux pensées de la délibération, à la théorie critique francfortoise, en passant par le marxisme, le postmodernisme ou encore la psychanalyse féministe. Contre une approche désincarnée de la question de la justice, elle ancre ses réflexions dans une analyse attentive aux mouvements sociaux-démocrates, anti-validistes, écologistes, noirs, chicanos, portoricains et indigènes parmi d’autres, se réclamant de ce point de vue d’une « théorie non-idéale », cherchant à établir des normes communes pour lutter contre les injustices, en affirmant cependant qu’une telle formulation est toujours circonstanciée, car formulée dans un contexte socio-historique donné.
L’éclectisme de ses références n’empêche cependant pas de dégager certaines lignes directrices de son projet philosophique : celui d’une description et d’une dénonciation de l’oppression (l’empêchement du développement des capacités individuelles) et de la domination (l’entrave à l’exercice desdites capacités), d’une lutte contre l’exclusion et de la défense d’un idéal d’inclusion différenciée, dans le cadre d’une ontologie sociale fondée sur les principes de solidarité et de responsabilité. Méthodologiquement, l’œuvre de Young articule deux versants : une phénoménologie féministe d’une part, cherchant à décrire les expériences de l’oppression des femmes, une théorie politique, d’autre part, qui élargit la perspective de l’oppression de genre à d’autres oppressions et qui cherche à les ressaisir, dans leur ensemble, à un niveau macro-structurel, dans le cadre d’une théorie politique.
La journée d’étude cherchera à articuler toutes les dimensions de ce projet philosophique. Il s’agira tout autant de questionner la philosophie de Young dans la diversité de ses ancrages, d’interroger certaines tensions et difficultés de son projet, que de réfléchir aux différentes manières de penser avec elle certaines questions philosophiques plus larges. La première session sera consacrée au projet phénoménologique féministe de Young, resseré autour de la question de l’expérience de la domination des enfants, et questionné à l’aune des épistémologies féministes du point de vue situé et de perspectives sociologiques. La deuxième session cherchera à expliquer et approfondir la critique youngienne de l’exclusion, de l’oppression et de la domination. La troisième session sera consacrée à la manière dont on peut penser, avec Young, la question du commun, c’est-à-dire à la fois la possibilité de l’alliance et/ou de la coalition, et les échelles à partir desquelles l’action commune peut se jouer. Enfin, il s’agira d’interroger l’insertion de Young dans d’autres corpus : Young peut-elle être considérée comme une penseuse du néo-républicanisme? Quels rapports peuvent être tissés entre sa philosophie et le pragmatisme?
Organisation- Romain Vielfaure et Sarah Talini (Université Paris Nanterre – Sophiapol)

